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Les 120 ans de la naissance d’Ambroise Croizat

Il y a 120 ans, Ambroise Croizat naissait à Notre-Dame de Briançon en Savoie dans une famille ouvrière. Son père s’y battait déjà pour instaurer une caisse de solidarité locale, si bien qu’il en perdit son emploi. Ambroise a alors du travailler dès l’âge de 13 ans comme ouvrier-ajusteur et s’engagea dans l’action syndicale. Élu député en 1936, il participe aux accords de Matignon et aux acquis du Front Populaire (les congés payés et la semaine de 40h notamment), mais c’est pendant la Résistance qu’il a préparé une des plus grandes conquêtes solidaires de notre pays : la Sécurité sociale.

Emprisonné sous Vichy puis libéré en 1943, il rejoint l’Assemblée consultative provisoire où il siége en tant que représentant de la CGT et fait inscrire dans le programme du Conseil National de la Résistance (CNR) l’objectif de créer la Sécurité sociale. Ministre du travail et de la Sécurité sociale de 1945 à 1947, il met en œuvre ce projet, appuyé par Pierre Laroque. Il encourage la création des comités d’entreprise, la médecine du travail, permet la reconnaissance des maladies professionnelles et défend le droit à la sécurité de l’emploi.

Depuis, les gouvernements successifs et le patronat n’ont eu de cesse de remettre en cause cette construction, née d’un rapport de force favorable aux travailleurs. Ordonnances de 1967, réformes  Balladur (1993), Juppé (1995), Fillon, etc … Les réformes successives ont profondément modifié le financement, les droits, le mode de gouvernance et le fonctionnement démocratique de la Sécurité sociale. Les lois de financement de la Sécurité sociale, présentées chaque année à l’Assemblée, comportent toute une série de manipulations sur les comptes et indicateurs démographiques, enregistrent les baisses de cotisations décidées unilatéralement par les gouvernements, baisses et exonérations qu’Emmanuel Macron s’est désormais refusé de compenser, mettent en scène de façon systématique le « trou de la Sécu ».

Au jugement de l’histoire, il apparaîtra que c’est Emmanuel Macron qui aura le plus démantelé notre Sécurité sociale en s’attaquant successivement au droit du travail, à l’assurance-chômage – dont il est devenu évident que la réforme engagée est si délétère pour les travailleurs qu’on ne peut l’appliquer aujourd’hui – et enfin aux retraites avec une réforme dont l’objectif n’est autre que de faire baisser de 14 à 11% (à terme) leur impact sur le PIB, de diminuer les engagements de l’État vis-à-vis de la retraite des fonctionnaires, de confier une partie de cette manne financière au secteur financier et aux fonds de pension.

Elle fut passée au forceps à l’Assemblée nationale en février 2020, le virus commençait à prospérer et notre gouvernement regardait ailleurs. En pleine crise de la Covid-19, la loi votée pour 2021 prévoit des économies supplémentaires sur des budgets hospitaliers si maltraités depuis 2009, des prélèvements sur les fonds de prévoyance d’EDF et de la SNCF et sur les mutuelles, affiche une cinquième branche pour la perte d’autonomie sans aucuns moyens. Quelle hypocrisie !

La mise en danger réside aussi dans la reconstitution d’une dette prévisionnelle d’environ 150 milliards d’euros, transférée à la Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES-) et que les citoyen•es vont devoir rembourser d’ici 2033 – capital et intérêts – avec de nouvelles mesures restrictives en perspective. C’est insensé et pervers ! Elle devrait être prise en charge par l’État, seul responsable de l’impact des décisions qu’il a prises au titre de l’urgence sanitaire.

A l’occasion des 75 ans de la Sécurité sociale, un collectif s’est constitué autour de l’appel dit « de Saint-Etienne » ; il rassemble de nombreuses organisations syndicales, politiques, des collectifs d’associations citoyennes, des coordinations nationales (collectifs de défense des services publics, comité de défense des hôpitaux et maternités de proximité) . « La Sécurité Sociale est notre bien commun. Ni régression des droits, ni ouverture aux financements privés ! Au XXIème siècle, ce sont des droits nouveaux qui sont nécessaires pour la sécurité des femmes et des hommes et pour l’émancipation humaine ».

Une autre initiative, plus symbolique, a été lançée le 28 janvier : des élu•es, syndicalistes et intellectuel•les « interpellent le président de la République afin que le bâtisseur de la Sécurité sociale et ministre du Travail à la Libération, Ambroise Croizat, entre au Panthéon ». Pour Gilles Perret qui a réalisé le film « La Sociale » et qui est signataire de l’appel, »toute initiative permettant de parler d’Ambroise Croizat et de la Sécu en général est une occasion de revaloriser cette belle institution ».

Ces appels à résister à la démolition et à élargir le concept de Sécurité sociale sont en phase avec la déclaration du CNNR du 27 mai 2020 : « le principe de solidarité s’applique par l’amélioration continue d’un système de Sécurité sociale public accessible à tous et par le renforcement fortement progressif de l’imposition des revenus et des patrimoines….La solidarité intergénérationnelle s’exprime par l’obtention d’une retraite décente pour tous les travailleurs ».

Dominique Acker, CNNR Paris

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