Atelier EBC1

Education, Bien commun : retour sur l’atelier n° 1

En collaboration avec l'Université du Bien commun, le CNNR organise un cycle d'ateliers sur le thème de "L'éducation, bien commun : une autre façon de penser l'école ?" Le premier atelier a eu lieu le 11 mai 2023 dans les locaux de l'Académie du Climat, à Paris. Cinquante personnes en sont reparties avec la conviction qu'un autre chemin était possible ...

L'atelier du 11 mai 2023 : Objectifs et contenu

Prises de parole introductives 

Nous avons souhaité une démarche participative pour cette première session afin que chacun s’approprie les termes du débat, les enjeux de la démarche et que collectivement nous puissions explorer voire construire un projet d’école, un projet d’éducation.

Cette démarche se situe dans le contexte :

  • d’un mouvement social contre la réforme-loi des retraites où la jeunesse se mobilise – et pas seulement elle – avant tout pour un monde différent, désirable, soustrait à la loi du « tout marché », un monde fait de liens, solidarités plurielles, justice, équité … avec une référence souvent brandie à mai 68.
  • d’une démultiplication des luttes pour préserver des territoires de la destruction des terres agricoles, de l’artificialisation des sols, privatisation de ressources …, luttes ancrées dans une accélération du désastre climatique et plus globalement écologique qui creuse encore davantage des inégalités multidimensionnelles

Et pourtant, dans cette rupture souhaitée, affichée, d’avec le modèle dominant, il est assez peu question d’éducation, d’école dans les débats et ce, alors même que :

  • La dégradation de la santé mentale de la jeunesse est plus que préoccupante . Si, depuis son rapport de 2021, la Défenseure des droits met l’accent sur la dégradation de la santé mentale des 15-24 ans, les plus jeunes ne sont pas épargnés. Une enquête commandée à l’institut Ipsos par le collectif Notre avenir à tous montre qu’en 2022 un adolescent français sur deux souffre de symptômes dépressifs et anxieux. L’épreuve du COVID, l’hyper-connexion, la situation climatique, l’état du monde et d’autres facteurs qui le plus souvent interagissent expliquent ces résultats. Or, la question de la souffrance est rarement liée à la question éducative et à la considération des enfants, adolescents comme sujets dans leurs apprentissages
  • La complexité du monde dans lequel on vit doit amener à repenser les questions de savoirs, de transmission, de nécessaire, d’indispensable transdisciplinarité. Cette réflexion est à nouveau empêchée par les politiques éducatives qui se succèdent ; l’actuelle école du pacte « enseignant » qui segmente les missions enseignantes ou encore la réforme du lycée professionnelle exclue et empêche cette réflexion de fond.
L’éducation bien commun : pourquoi ?
  • L’UNESCO en 2015 livre un rapport sur l’éducation, intitulé : “L’éducation : un bien commun mondial ?“, suivi, en 2021, d’un autre rapport : “Repenser nos futurs ensemble – Partie 2 : un nouveau contrat social pour l’éducation“. Par ailleurs, on retrouve la notion d’éducation comme bien commun social chez certains experts des communs.
  • En 2021 paraît chez Massot la brochure-manifeste “L’éducation bien commun“ de Raymond Millot, instituteur, conseiller pédagogique, militant, artisan du projet militant de l’école ouverte de la Villeneuve à Grenoble. Il pose de manière plus directe le sujet d’une éducation bien commun, donc d’une école comme lieu d’émancipation qui accorderait à l’enfant, au jeune, un vrai statut de sujet, outillé pour affronter les nouveaux enjeux auxquels nous sommes confrontés : climatiques, sociaux, démocratiques.
 
Le groupe éducation du CNNR
  • Né début 2021, le groupe soutient, cherche à faire connaître, à enrichir et à mettre au débat la proposition de Raymond Millot, d’où le partenariat avec l’Université du bien commun à Paris.
  • En 2021, rassemblement du CNNR à Saint-Priest (42) : nous avons abordé le sujet à travers des ateliers créatifs animés par Marie Preston, enseignante-chercheuse à Paris VIII et plasticienne ; le constat a été fait pour notre collectif que l’éducation ne doit pas rester une question d’experts, que chacun a une expertise à partager sur l’école, que le sujet de l’éducation nous concerne toutes et tous.
  • Au printemps 2022, lancement d’un appel à témoignages ; un certain nombre de récits sont collectés sur l’expérience de l’école et les représentations de ce que serait une Education-Bien-Commun ; certains sont affichés à l’atelier de l’Académie du climat
  • En novembre 2022, lancement d’un appel, “C’est tout le système éducatif qui doit bifurquer“, dans la lignée, le prolongement, des élèves bifurqueur.se.s des grandes écoles au printemps dernier (amorcé en réalité depuis 2018 et le manifeste du Réveil écologique). Ces étudiant.e.s ont prononcé un discours de rupture, critique de leur formation et de ses débouchés qui pousse selon eux « à participer aux ravages environnementaux et sociaux en cours ». Ce discours de sept minutes a généré en quelques jours plus de dix millions de vues, des tweets de personnalités politiques, de tribunes …
  • En mai 2023, le CNNR lance, en coopération avec l’Université du Bien commun, un cycle d’ateliers de réflexion.
 
Pourquoi cet appel à bifurquer du CNNR ?
  • face à la crise climatique, à l’épuisement accélérée des ressources, à l’accroissement des inégalités dans le monde, parmi lesquelles les inégalités scolaires, on ne peut plus différer le changement en profondeur de notre école pour amener à des choix de vie qui amèneront une autre économie plus respectueuse de l’autre dans toutes ses dimensions.
  • cette bifurcation, en réalité un changement de cap, de paradigme, suppose d’emprunter la voie de la coopération à la place de la compétition, de l’émulation à la place de la concurrence, de l’entraide à la place de l’individualisme, de rompre avec l’école de la reproduction sociale.
  • cette bifurcation nécessite aussi de poser comme préalable l’idée que nous sommes tous en capacité d’apprendre, ce qui remet en question les notions de mérite, de talent, de volonté, exclusivement personnels.
  • cette bifurcation concerne tous les champs disciplinaires, suppose une inter-transdisciplinarité pour penser un projet fort de l’école, une école qui est aujourd’hui toujours celle de la reproduction sociale.
 
La démarche en partenariat
  • Il est apparu nécessaire de construire ensemble, de dépasser en les approfondissant les représentations d’une Education Bien Commun collectées lors des témoignages. Pour cela,

– un cadre, celui des communs et biens communs, exposé par Jean Pascal Derumier de l’UBC,

– une démarche, décrite par Joëlle Cordesse du GFEN, démarche active, individuelle et collective, qui doit nous permettre de créer les conditions d’une bifurcation nécessaires pour penser l’éducation bien commun, pour produire ensemble du possible, des possibles qui vont naître de la confrontation de nos idées.

  • Les pistes, contributions apportées ce soir, constituent un point d’étape important pour aller solliciter ensuite les signataires de l’appel à bifurquer, 24 signataires de champs différents (sciences de l’éducation, historienne, philosophe, sociologue, artiste, pédopsychiatre, militant pédagogique) que nous inviterons pour des contributions, prises de parole qui nourriront le débat Education-Bien-Commun et permettront de préciser nos pistes.
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Les six utopies à partir desquelles nous avons travaillé

    

Pour donner forme et couleur à cette notion d’éducation conçue comme bien commun, nous avons procédé de la manière suivante :

  • Réalisation collective d’une fresque, comme une guirlande de mots, corbeille de mots dans laquelle on pourra puiser, 
  • Écriture individuelle à partir d’une utopie existante : Imaginer, décrire l’école, l’éducation qu’a pu inventer ce lieu, 
  • Partage et élaboration de nos questionnements.
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UTOPIE 1

Sel et Mazette ont fait partie du groupe de militant·e·s qui a occupé la forêt d’Arlon en Belgique, pour la protéger contre un projet immobilier. Au printemps 2021, la ZAD est démantelée par la police belge. Sel et Mazette décident alors de prendre la route pour garder tendus les liens de la solidarité. Si la ZAD n’est plus, il faut la recréer partout ailleurs. Qu’avec cette expulsion, soient projetées sur l’ensemble du territoire belge les graines d’un autre vivre-ensemble. Comme Sel et Mazette le disent, il s’agit ici de “faire pays dans le pays”.
De fermes autogérées en squats, de leur lutte féministe à l’aide aux démuni·e·s, elles promènent dans leur petite auto les chansons de leur colère intacte. « ZAD Partout » suit, à hauteur de femmes, cet élan utopiste et la façon dont il change celles qui l’ont initié.

Chantal :

Les Sioux tournent en liberté

Ils soufflent et osent lâcher

Là chez les échalas

Le feu du souk les emporte

Laissez-vous envelopper de leur châle

Posez votre souffle même fluet

Ne soyez pas lâches ni désespérées

Mazette, c’est le Sel de la terre

Que vous avez posé

Le feu tourne et vous emporte. 

Continuez ensemble

Deja que el viento te lleva aire !

Laisse le vent t’apporter de l’air !

Joël :

C’est un lieu. Non ce n’est pas un lieu. C’est partout et nulle part. Là où la pensée est en libre-service. Partout où il est possible de penser librement. Nulle part la pensée n’est dé- pensée. Personne n’en est dispensé. Faudra-t-il un pense-bête pour se rappeler que la liberté de penser, la libre pensée est ce que nous devons à nous-mêmes et au vivant. Des pensées libres comme l’air.

Jonathan :

Le rendez-vous serait donné à la confluence. Faute de lieu fixe, ce serait le lieu de la bonne chance, toujours nécessitant d’être retrouvé, tel un trou de vers / verre. Pourtant, ce lieu serait bien précis ; l’on le trouverait par une concorde tacite. 

Aussi, cela serait requis, il s’avèrerait I-N-D-I-S-P-E-N-S-A-B-L-E de se fier à l’inconnu. Ce qui n’empêcherait pas d’avancer à tâtons, en une sorte de confiance tâtonne. Néanmoins, elle serait affirmée, dans le doute. La blessure de tout un chacun servirait de boussole. La voix des enfants se ferait stridente et l’on prendrait pour boussole. La voix des mouches, elle aussi, servirait à nous orienter. Aussi s’agirait-il de

(…)

Être présent, respirer de même air, ce serait déjà beaucoup. Notre confiance dans le doute, notre émulation de la gênance des mouches en déboussolerait + qu’un, le récit in-… se ferait désirable. Comment raconter l’histoire d’un peuple sans (…), dépossédé ; tenter de ne pas éprouver de la honte. Elle souffre mauvaise presse ; les éhontés aussi. 

Il faudrait bien que ces émulateurs de mouches occupent un espace : eux aussi. Si le (!) se cherche dans la confiance, son pendant – (?) – reste la boussole première. 

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UTOPIE 2

Au cœur du Pays Basque espagnol, le village de Bergara, dans la vallée du fleuve Deba. C’est ici, à flanc de montagne, qu’Ane, 34 ans, a décidé de creuser la terre pour y faire naître son utopie. En huit ans, elle a transformé un petit potager en ferme agricole grâce à la permaculture. Une exploitation qu’elle gère seule au quotidien et qui la fait désormais vivre.

Jean-Louis :

– T’hésites … On prend à gauche à la bifurcation ?

– Possible ! Quoique j’ai le talent assez gauche de me fourvoyer : c’est mon talent d’Achille. Un don latent pour les rebiffures, les ruptures, les ratures. Je suis mal élevée…

– On ne t’a pas éduquée aux possibles : les possibles étalons, les possibles étalés, les possibles furieux, les possibles placides, les possibles détachés, les possibles décarcassés…

– Quelle cassonade ! À ton programme symphonique, ajoutons les casserolades !

Laure :

Être cap

De garder le cap

D’un lieu fragile

D’un lieu habile

Qui crée du lien

Qui fait du bien

Protection, préservation

Ouverture, culture

Responsabilité

De jardins

Pour rien, pour ceux

Qui ont besoin

D’autant,

De temps

Pas de clé

Pas d’éclat

Seulement de l’humanité

En-capacité

Leslie :

Dans le village de Bergara au Pays basque, Ane vit de sa passion. Elle a utilisé son temps libre pour mettre en place son projet de se projeter dans le paysage local et opérer un passage d’un monde « écran de fumée » où le monde souffre et est à cran, à une ouverture à un autre possible. En quantifiant et anticipant ses besoins, la population peut participer localement en garnissant eux-mêmes leur panier. Le but étant d’émanciper et faire grandir les mentalités.

Maud :

La ferme agricole d’Ana fait l’objet de l’intérêt de l’école du village.  Au début, elle ouvrait ses portes tous les vendredis après-midi.  Les enfants s’y entraidaient et apprenaient à faire pousser les plantes de manière associative.  Chacun rentrait avec un savoir, une réflexion, l’idée d’un monde meilleur.  Aujourd’hui, cette école cultive ses propres fruits et légumes sur un pan de terre dont les enfants, les jeunes, s’occupent tour à tour en groupe.  Des ateliers, pendant lesquels les professeurs et les jeunes discutent, créent, inventent de nouvelles manières de cuisiner, de découvrir, de partager, de construire, sont organisés.  Les cours, comme les ateliers, se font à plusieurs, en groupe; de multiples échanges ont lieu. 

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UTOPIE 3

En Israël, le village de Neve Shalom – Wahat al-Salam en arabe – porte son utopie jusque dans son nom : “Oasis de Paix”, écrit en hébreu et en arabe. Ici, depuis 52 ans, chrétiens, juifs et musulmans construisent un projet aussi simple qu’ambitieux : celui de vivre ensemble. Leur boussole : la paix avant tout, malgré le souffle des bombes voisines. 

Christine :

Chacun met tout en œuvre pour vivre en paix et en finir avec les jugements sur les autres loin des bombes voisines. 

Cette écologie relationnelle permet d’apprendre en paix dans un environnement sécurisé. 

L’individu est accepté dans sa singularité. 

Chacun est acteur/auteur de sa vie loin des discours politiques. 

Vivre ensemble implique de s’exprimer tout en tenant compte de la spécificité de l’autre.

Imraan :

Il s’agit d’une utopie reposant sur l’ambition collective et donc sur l’engagement individuel. Pour avoir un fonctionnement dynamique, cela implique une participation spontanée et une éducation fondée sur des valeurs telles que le fait d’agir avec un lien désir/action très rapide. Pour ce faire, il faut une culture de la fraternité et de la solidarité très forte.

Paul :

Mon village s’appelle Oasis de Paix.  Ça se dit – non, ça se prononce : « Neve Shalom » en hébreux, « Wahat al’ Salam » en arabe.  Il n’a qu’un nom et il a trois noms.  Ce n’est qu’un village, mais c’est trois langues, trois cultures, trois façons de dire le même nom, le même village.  Chacun de nous a le droit de dire le nom dans les trois langues.  Les enfants adorent en dire le nom dans une autre langue.  Ça les fait rire.  Le rire est un plaisir, la langue est donc un plaisir.  Mon village est un plaisir.  Il y a du sable, de l’eau, un peu d’herbe, quelques arbres.  L’eau, le sable, l’herbe est à tous, comme l’ombre des arbres.  Personne ne peut voler l’ombre d’un arbre.  Au loin, on entend des bombes.  Des gens se battent parce que, chez eux, il n’y a pas de partage.  Alors ici, les enfants n’ont pas envie de se battre.  Ils savent que ceux qui se battent souffrent.  Il y a les morts, les blessés d’un côté, les remords et les cassés de l’autre.  Les enfants savent que leur futur ne sera pas le même.  Ils finiront par comprendre qu’ils devront choisir leur futur.

Stéphanie :

Chacun, chacune parle sa langue et la langue de l’autre. Chacun, chacune pense dans sa langue ; chacun, chacune est  singulier.ère et pluriel.le. C’est une oasis de langues. Les langues sont un bien commun. Aucune ne domine l’autre. Les langues multiples construisent la tour. L’apprentissage de plusieurs langues permet de s’enrichir, de mieux comprendre, connaître l’autre. Cette culture des langues, cette diversité permet de lier nature et culture. Ce sont les langages mondes. Au village de Neve Shalom, l’éducation bien commun accorde une importance particulière aux langues.

X, qui n’a pas laissé son nom : 

Dans notre village: Chrétiens, Juifs et Musulmans
Vivent en Paix depuis 52 ans.
Au milieu des Bombes, le Souffle de leur Utopie
a créé la Boussole de l’Oasis du Vivre Ensemble.

Accompagner le développement de la Graine de l’enfant,
pour que son potentiel puisse se développer
en alliant ce qui est en germe dans sa personne
avec l’apport des éducateurs ayant l’expérience, la connaissance vivante de ce qui compose le monde, et qui a besoin de se transformer, d’évoluer avec des idées nouvelles.
Ce à quoi est ouvert par nature le jeune qui découvre son environnement, sans être formaté par les habitudes, les modèles anciens.
Susciter leurs compréhensions de ce qui est, et de ce qui doit advenir,
en cultivant l’art d’écouter ce qui vient de chacun,
la découverte concrète des lieux de vie, de travail, de façons de collaborer avec les autres, avec la Nature. 

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UTOPIE 4

En pleine Amazonie équatorienne vibre une utopie luxuriante. Démocratie directe, transparence, égalité de toutes et tous, luttes juridiques, parfois physiques… Tels sont les combats quotidiens des 1400 membres des 7 communautés Sarayaku pour défendre la “forêt vivante” et leur culture  Kichwa contre les attaques répétées des compagnies pétrolières.

Aline :

Pour que le respect, les rêves et la paix germent, pour que la forêt des Sarayaku vive : 

Il faut combattre quotidiennement dans l’entraide pour rééquilibrer, fluidifier les énergies individuelles et collectives ;

décoloniser et dèclonisé les secteurs du pétrole sans valeurs d’égalité, sans valeurs (d’) alternativés ; sortir des cadres et partager les altérations  écoutez l’ordure ; surprendre et transformer l’altérité ; servir la joie des singuliers ; contre les peurs ; ouvrir les valeurs de l’immatériel ; valoriser les stations de nature et de services des écoutes  ; posez les possibles et les laisser essaimer – – – … s’ils respectent le vivant visible.

François :

Janvier 2000

En pleine saison des pluies, une des 7 communautés Sarayaku, regroupant 350 personnes vient de choisir de faire rentrer la paix comme valeur principale de son cadre de vie.

Après un long travail impliquant tous les membres humains et également tous le vivant résidant sur, sous et dessus de leur territoire, ils arrivent au matin du 16 janvier sur l’immense place circulaire du village avec pour consigne de prononcer tous les mots qui viennent pour qu’en s’envolant, ces mots constituent des nuages de connaissances, de savoirs, de questionnements philosophiques et de buée pour assurer l’arrosage.  

Dans un immense brouhaha joyeux, sur cet immense terrain de jeu, se construisent, se confrontent, s’entremêlent alors les Paix des unes et des autres, les Cadres des uns et des autres. Tous poussés par un énorme élan de vie en commun !

On se re paix de xiap, paxi ou de axip qui côtoient et s’agrègent à des cardes, des cedras ou encore des cader. La créativité peut donner la Paix toche, rendre certains moins paix sibles. Qu’importe, si un souffle d’erca provoque guerre et paix puis la chute par-dessus le para paix des tensions fécondes de processus innovants. Et sans paix toche le cadre avec une liberté hors du commun va écouter l’expression paisible et remplie de joie, de l’agrégat de nuages à l’image des différences misent en commun.

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UTOPIE 5

Depuis 38 ans, au Brésil, le Mouvement des sans-terre crée des espaces d’égalité, de souveraineté alimentaire, d’éducation et de partage pour celles et ceux qui n’ont rien. Des lieux utopiques où la vie reprend littéralement racines, offrant à des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants une vie enfin libre et choisie.

Y, qui n’a pas laissé son nom

Dans le vacarme du grand capital, des femmes et des hommes dérangent. Ils sont furieux. 

Ils veulent un champ à eux, une chambre à soi. S’asseoir sous la rocaille, dans le sol doux et riche, les bases d’une société nouvelle dans l’espace vacant entre le progrès et la vie.

Apprendre à être soi dans le vacarme du monde.

La créativité, la musique et la poésie … pour comprendre et protéger le monde.

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UTOPIE 6

En provençal, Longo Maï signifie « qui dure longtemps ». Depuis les années 70, ce sont plus de 200 personnes de tous âges, qui apprennent, expérimentent et bricolent ensemble un futur plus harmonieux. C’est un archipel de lieux autogérés, agricoles, communautaires et propriétaires de ses terres qui défendent la petite paysannerie face à l’agro-industrie. Mais depuis le début de la guerre en Ukraine, c’est à l’urgence que la communauté doit se frotter. Et la solidarité prend corps : au total, 1 000 déplacé.es de guerre sont accueilli.es, des flottes de minibus sont affrétées pour fournir nourriture, médicaments, matériel vers l’est du pays, d’autres pour évacuer celles et ceux qui veulent fuir vers l’ouest. Ici, comme partout en Ukraine, tout est à l’urgence. Comment celles et ceux qui ont choisi le temps long vivent cet engagement – au cœur du chaos ?

Amaya :

URGENCE AU COEUR DU TEMPS LONG

Composer avec le chaos

C’est l’enjeu de l’émergence au cœur de l’urgence. Respirer…

Chaque jour son éclosion, son soulèvement de situations nouvelles, inédites. Respirer…

Ici, la transition n’est plus un concept, la transformation est en marche. Respirer…

D’un coup de baguette, chaque structure élaborée doit se réinventer à chaque instant en accueillant l’invisible, l’inconnu. Respirer…

Et au milieu de ce chaos, laisser la place à l’émerveillement, au souffle, sentir, ressentir et se fondre dans le mouvement du monde. Respirer…

Il ne s’agit plus de stratagèmes longuement et mentalement élaborés, mais de l’astuce de chaque instant, où chaque parcelle de paillette devient une étoile en évolution.  Respirer…

La vie vibrante qui vrille la vie en vain et sort du chapeau ses trésors évolutifs en germination. Respirer…

Qui peut dire quelles paillettes opéreront la magie du vivant ? 

Être devient plus important que Faire. Que faire ?
Sinon réapprendre à être, l’action n’étant que suite de l’état. 

Être vivant 

Être ensemble 

Être le monde

Être soi

Être même… Être différent 

Je suis Vie, je suis Vent, je suis ViVant !!

Clément :

  • ils  peuvent se permettre d’apprendre au cœur de tous les métiers de leur village pour choisir lequel il préfère ou pourquoi pas changer de métier de temps à autre
  • il n’est jamais trop tard
  • ils respectent le cycle du sommeil et le cycle du passage de l’enfance à la majorité
  • les vieilles personnes ne sont pas en décalage avec les «jeunes»
  • tout le monde apprend à s’aimer et à aimer les autres (part de l’éducation)
  • apprendre à aimer ne rien faire
  • développer la créativité et les amusement
  • respecter le cycle de la nature et se fondre dedans (marcher pieds nus, découvrir les plantes, l’équilibre de son environnement)
  • développer le bien-être du chez soi et la curiosité du reste du monde, apprendre à accueillir et à écouter, être bienveillant 

Pierre :

JACHÈRE

Aujourd’hui, c’est une bonne journée pour le champ. Il fait beau, la fatigue de la veille ne se fait pas ressentir, l’air est doux, et puis surtout Mikaïl a de la dispo pour des apprenants. Ivanka se prépare, tôt, sifflotant. Elle gambade, emprunte un détour où un chant d’oiseau attire son attention. Sur le bord du chemin terreux, envahi de hautes herbes, elle admire la carcasse d’un bus. Elle le reconnaît. C’est celui qui l’a conduite jusqu’ici, Nijné Sélitché, après une longue route périlleuse en terres de conflits. Le bus était bondé, beaucoup de monde fuyait les bombes. Personne ne veut d’une vie où l’espace public est
un danger permanent. Le bus a été touché. Des “dégâts collatéraux” comme on entendait dire tout là-haut. En attendant, c’était des dizaines de familles, couples, retraités, enfants etc qui se retrouvaient dans un véhicule exposé.

Heureusement, l’équipe de Nijné a vite pris en main la situation. Youri, qui avait passé quelque temps en tant qu’apprenant chez Mariana, la mécano du village, a pu bricoler quelque chose avec tout ce que chacun pouvait mettre à disposition. Ivanka se souvient, ce
moment euphorique où tout le monde a hurlé de joie en poussant tous ensemble le bus pour le relancer sur la route au milieu des cratères tout frais.

C’était il y a longtemps. Enfin… quelques semaines. Arrivé au village, le bus a lâché, pas moyen de le réparer. Depuis il gise, là, témoin d’un voyage où la force de la communauté a vaincu l’adversité. Quelques semaines, ce n’est pas si long finalement.
Pourtant il s’en est passé des choses depuis. Ivanka a découvert le monde de Nijné et le mode de vivre-ensemble qui s’y opère. Tous les passagers du bus ont été intégrés, sans condition ni distinction, dans leur singularité. Tous ont trouvé une place au sein de cette démocratie par l’expérimentation. Certains sont maintenant de très bons amis d’Ivanka. Il y en a d’autres qu’elle a perdu de vue. Mais c’est la vie, c’est normal dans ce cadre qui laisse chacun vivre son engagement personnel afin de permettre l’émancipation individuelle au sein du collectif.
Mais sur les listes de Mikaïl, le maraîcher, elle a vu quelques noms qu’elle croît reconnaître du voyage justement. Elle sort son téléphone pour capturer l’épave, trônant fièrement sous son duvet de végétation naissante. Elle ressent ce spectacle comme une haute et commune beauté. Ça fera une petite histoire à partager avant de commencer la

journée avec les autres apprenants dans les champs-forêts-vergers de Mikaïl. Elle perçoit la vibration des imaginaires partagés par l’ensemble des habitants du village de survivants. Une sorte de culture commune, laissant à chacun voix au chapitre, en définition collective et perpétuelle. Elle a envie d’écrire une chanson en écoutant ses propres émotions. Ce sera pour demain sans doute. Après le champ, ce sera le chant. Et d’autres rencontres, et d’autres apprentissages.

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