Mvt de la Paix

Appel du Mouvement de la Paix : non à la militarisation de l’école !

Le 2 juin, le Sénat pourrait voter la loi Blanchet, qui fera entrer l'armée à l'école. Dans une lettre aux sénateurs et aux sénatrices (que vous pouvez relayer via le bouton vert ci-dessous), le Mouvement de la Paix s'élève vivement contre la militarisation de l'école. Le groupe Education du CNNR explique ici pourquoi il soutient vivement cette initiative.

Anatole France disait : « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels ». Les
inquiétudes liées à des contextes internationaux bellicistes sont du pain béni pour les industriels de
l’armement et pour ceux à qui la guerre profite. Spoiler : l’immense majorité des populations n’est pas
concernée par les profits. En revanche, ces enrichissements ne sauraient se faire sans nous. Pour un
engagement aveugle, il est nécessaire d’effrayer avant d’activer la fibre patriotique avec, pourquoi
pas, des relents de nationalisme. Pour mobiliser les troupes, il faut inonder les cortex d’annonces, de
champs lexicaux liés à la grandeur de la France et ses valeurs qui – elle en est sûre – sont
universelles. Valeurs qu’il faudra défendre quoiqu’il en coûte, même au prix de nos enfants.
Préparer les patriotes à sacrifier leur progéniture et les enfants de leurs enfants.
« Nous sommes en guerre » aime à répéter le Président Macron comme un mantra divin : « Croissez
et multipliez … ». De nos jours, on dit « réarmement démographique ». Nos enfants sont donc des
armes en devenir assujetties au pouvoir. Ainsi, on voudrait voir l’école dispenser un enseignement à la guerre. Des cours donnés par le ministère des Armées. Pourtant, la seule défense attendue à
l’école, c’est celle qui défendra l’école et ses acteurs.
Le budget de la défense nationale était de moins de 40 milliards d’euros en 2016, avant l’arrivée de
Macron à l’Élysée, et celui de l’Éducation nationale se chiffrait à un peu plus de 67 milliards. En
2026, pour la première fois, le budget de la Défense dépasse celui de l’Éducation nationale avec
près de 95 milliards d’euros contre un peu moins de 88 milliards. Soit en dix ans une augmentation
de 31,3 % supplémentaires pour l’école contre 112,5 % pour l’armée.
Il y a comme une contradiction : le souci des résultats des évaluations nationales et de PISA et ces
élans guerriers. À moins que ce ne soit une diversion… Mais restons factuels.
À ces données, il faut tenir compte de la variation de la part globale, de l’inflation et des effectifs en
dix ans. Si l’on considère qu’en 2026, le budget global s’élève à 851 milliards d’euros contre 410
milliards en 2016, il est facile d’en déduire que la part de l’Éducation Nationale a baissé. Il faut
également prendre en considération la suppression de postes, les fermetures de classes et le recours
grandissant aux contractuels (+ 44 % dans l’ensemble de la Fonction Publique de 2017 à
aujourd’hui).
Plutôt que ces enseignements déshumanisants, nous pourrions garder les yeux ouverts en nous
inspirant de ce que disait Marguerite Yourcenar à Matthieu Galey dans un entretien éponyme au
sujet de la vision qu’elle avait de ce qu’un enfant devrait apprendre à l’école : « Il apprendrait que
les hommes se sont entre-tués dans des guerres qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres,
et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil. On lui
apprendrait assez du passé pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé, pour qu’il les
admire là où ils méritent de l’être, sans s’en faire des idoles, non plus que du présent ou d’un
hypothétique avenir. »
À l’heure où les difficultés à apprendre et à enseigner s’accumulent, il est plutôt aisé de faire le
constat objectif que, avec un budget de la Défense désormais supérieur à celui de l’Education
nationale et une tendance à l’accélération de la hausse de ce budget pour les années qui viennent,
s’il y a un « grand remplacement » en France, c’est là qu’il faut le voir.

Le groupe Education du CNNR – 27 mai 2026

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